Source musicale : ‘Henri IV et Marie de Médicis : Messe de mariage’ ; Doulce Mémoire ; dir. Denis Raisin-Dadre ; Astrée-Naïve E 8808 (2000).
On célèbre ici ces victoires décisives par un spécimen unique de Te Deum protestant en vers français mesurés « à l’antique », composés dans les années 1590 par Agrippa d’Aubigné, qui fut l’un des plus fidèles amis d’Henri IV, du moins jusqu’à sa conversion.
Claude Le Jeune
v. 1530-1600
Originaire de Valenciennes, « Claudin » Le Jeune se fixa à Paris avant 1564, où il bénéficia rapidement de la protection de seigneurs protestants, François de La Noue et Charles de Téligny (gendre de l’amiral de Coligny) d’abord, puis, à partir des années 1570, Henri de La Tour d’Auvergne, vicomte de Turenne et futur duc de Bouillon.
Il participa activement au projet humaniste de l’Académie de Musique et de Poésie, fondée en 1570, et fut l’un des principaux artisans d’une musique mesurée « à l’antique », censée calquer sur la langue française la scansion des Anciens pour faire revivre les « effets » que, selon la fable, leur musique provoquaient. Rescapé du massacre de la Saint-Barthélémy (24 août 1572), il devint « maistre de la Musique » de François de Valois – frère de Charles IX, du futur Henri III et de Marguerite de Valois –, au service duquel il resta jusqu’à la mort du prince (1584). Sans doute est-ce à l’occasion d’un séjour du duc et de sa suite à la cour de Nérac, de septembre 1580 à mai 1581, que Le Jeune approcha pour la première fois le roi de Navarre, futur Henri IV.
À l’automne 1581, il prit part aux magnificences organisées pour les noces du duc de Joyeuse avec Marguerite de Lorraine-Vaudémont, en composant des pièces vocales pour le Balet comique de la Royne. En 1590, il fuit Paris pour échapper aux persécutions de la Ligue. Il se réfugia à La Rochelle où il côtoya les grands poètes huguenots du temps : Jacques de Constans, Odet de La Noue et Agrippa d’Aubigné, dont il mit plusieurs textes en musique, ou encore Nicolas Rapin qui, bien que catholique, avait délaissé le parti de la Ligue pour celui de Navarre.
Dès sa reprise en main du royaume, Henri IV fit de Le Jeune l’un de ses musiciens favoris et créa pour lui, entre 1594 et 1596, la charge de « Maître Compositeur ordinaire de la Musique de la Chambre du roi ». Le musicien ne profita que peu de la faveur royale, puisqu’il mourut en septembre 1600.
Abondante et variée (plus de 600 pièces), son œuvre fut publiée entre 1552 et 1612, pour une bonne part de manière posthume sous l’impulsion de sa sœur Cécile. Elle compte de nombreuses chansons, des airs, pour beaucoup mesurés « à l’antique », une douzaine de motets latins, imprimés pour l’essentiel à la fin des deux livres de Mélanges, de nombreux recueils de psaumes protestants en contrepoint simple, fleuri ou en musique mesurée « à l’antique », une messe authentifiée (Missa Ad Placitum) et une seconde plus douteuse (dite « du manuscrit de Savoie »), trois fantaisies instrumentales.
Tou-lunivers te révérant pere te croit de tousjours.
Les Ange’ore vont et la haut tou-les Cieus,
Et la puissance d’entr’eus,
Et tous les Cherubins.
Et tous les Seraphins,
S’écrier d’une vois, qui jamais
N’a de paix
Saint, Saint, Saint, des armée’ Seigneur,
Cieus et terre sont pleins de ta gloire, hautesse et grandeur…