À l’échelle du continent européen, le royaume de France fait figure de géant démographique. Avec près de 18 millions d’habitants dans le cadre des frontières du traité de Cateau-Cambrésis (1559), la France est le pays le plus peuplé d’Europe loin devant le Saint-Empire romain germanique et la péninsule italienne (environ 12 millions chacun), la péninsule ibérique (environ 9 millions) et l’Angleterre (moins de 4 millions). La densité moyenne est d’environ 35 habitants / km², sauf dans les régions appartenant à ceux que Laurent Bourquin appelle « l’Europe dense », c’est-à-dire la région parisienne, le Nord de la France et le littoral de la Manche, dans lesquelles les densités moyennes dépassent 50 habitants / km².
Globalement le XVIe siècle correspond à une période de croissance démographique importante pour le royaume de France. Sa dilatation territoriale est un premier élément d’explication car l’intégration au cours du siècle de nouveaux territoires tels que la Bretagne, les Trois-Evêchés (Metz, Toul et Verdun), le Calaisis, la Bresse, le Bugey et le pays de Gex permettent automatiquement de gonfler sa population. Mais la raison principale est démographique. C’est ce que les historiens appellent une période de récupération, puisque la population rattrape le niveau qui était le sien avant les saignées démographiques du milieu du XIVe siècle, lorsque les conséquences conjuguées de l’épidémie de Peste noire (1347-1352) et de la guerre de Cent ans avaient entraîné sa forte diminution.
Plusieurs étapes se succèdent pour faire passer le royaume de 15 millions d’habitants à la fin du XVe siècle à 18 millions en 1610 : forte croissance pendant la première moitié du XVIe siècle, avec récupération du niveau de 1347 ; ralentissement, voire stagnation pendant la seconde moitié du XVIe siècle marquée par huit guerres de Religion ; avec Henri IV, la pacification du royaume, la diminution conjoncturelle des grandes épidémies et la possibilité de meilleurs rendements entraînent un renouveau de la croissance. Ce nouvel élan démographique viendra à son tour se briser sur le retour de flambées épidémiques au début du règne de Louis XIII.
Ces millions de Français habitent très majoritairement à la campagne, même s’ils ne sont pas tous paysans. Ainsi, le taux d’urbanisation reste faible tout au long du XVIe siècle, autour de 10% de la population totale. Ceux qui résident en ville le font généralement dans de petites cités de moins de 10 000 habitants. La seule exception à la règle est Paris. Entre le début et la fin du siècle, sa population augmente de plus de 50%, passant de 200 000 à 300 000 habitants environ. Cet effectif en fait la première ville d’Europe, devant Naples et Constantinople. Au XVIe siècle, Paris domine le réseau urbain français comme elle continue de le faire près de cinq siècles plus tard. Les autres villes du royaume font pâle figure et Lyon, pourtant au deuxième rang, atteint péniblement 70 000 habitants à la fin du siècle. Suivent, dans l’ordre, Rouen (environ 60 000), Bordeaux (de 40 000 à 50 000), Toulouse (environ 40 000) et Marseille (environ 30 000).
Pour l’immense majorité des contemporains d’Henri IV, les conditions d’existence restent difficiles, malgré les progrès de la fin du règne. L’espérance de vie ne dépasse guère 25 ans à la naissance et les taux de mortalité infantile atteignent des niveaux proprement effrayants : un nourrisson sur quatre n’atteint pas l’âge de un an et un enfant sur deux ne voit pas ses onze ans… Ruraux comme urbains restent fortement tributaires des aléas climatiques pour leur subsistance et les premiers sont souvent victimes désignées des violences endémiques qui caractérisent les guerres civiles, en particulier lorsque les troupes des deux camps « vivent » sur le pays.