Avec une superficie de 450 000 km², le royaume d’Henri IV couvrirait environ les 4/5 de la France actuelle. Malgré tout, à l’échelle du temps et en tenant compte de l’hétérogénéité des territoires qui le composent, le territoire administré par le roi est immense.
Si l’on s’en tient au moyen de transport le plus utilisé à l’époque, un cavalier peut parcourir en moyenne 40 à 50 km par jour sur des chemins souvent en mauvais état et jalonnés de péages. Charles Estienne, auteur d’un ouvrage intitulé Le guide des chemins de France (1552), estime qu’il faut à un cavalier ordinaire 19 journées pour parcourir le royaume du Nord au Sud et 22 journées d’Est en Ouest. Concrètement depuis Paris, en voyageant à cheval, il faut 7 jours pour aller à Bordeaux, 8 à 10 pour rallier Lyon et 16 à 20 pour atteindre Marseille… Ainsi, la France du XVIe siècle est à bien des égards beaucoup plus vaste que le continent européen pour un Français d’aujourd’hui. On comprend mieux les difficultés rencontrées pour gouverner ce territoire également marqué par une multitude de langues et de cultures diverses, et la volonté alors affichée par Henri IV et son entourage de tenter de rationnaliser son administration.
Les frontières, même s’il l’on voit s’esquisser la forme hexagonale, sont différentes de celles que nous connaissons aujourd’hui. Diverses régions faisant aujourd’hui partie du territoire, relèvent d’autres souverainetés. Par ailleurs, plusieurs enclaves étrangères (Calais, Comtat-Venaissin etc.) parsèment le royaume de France.
À l’intérieur des frontières, un inextricable enchevêtrement de territoires aux statuts divers complique encore le processus de centralisation administrative. Il convient de distinguer d’abord ce qui relève du domaine royal. Il s’agit des terres appartenant directement au roi et qui sont sensées lui procurer les revenus pour son train de vie. Ces possessions sont dites inaliénables, mais il peut arriver que le roi, ayant besoin d’argent, en vende une partie.
Il y a ensuite les apanages. Ce sont des biens détachés du domaine et donnés par le roi à ses cadets. Les bénéfices qui y sont attachés permettent non seulement aux apanagistes de soutenir leur train de vie mais aussi d’entretenir leur clientèle. Henri de Navarre reçoit ainsi le duché d’Alençon à la mort de François, frère de Charles IX et d’Henri III, en 1584.
Enfin, il existe de grands fiefs, appartenant à de grandes lignées, et qui peuvent porter ombrage à la puissance du roi lorsque des stratégies d’alliances matrimoniales réunissent ces terres pour former de puissants ensembles territoriaux.
Ainsi, Henri de Navarre se retrouve-t-il, avant son accession au trône, à la tête d’un nombre impressionnant de terres héritées de ses ancêtres. En réunissant à la fois l’héritage territorial des Foix-Albrets et celui des Bourbons-Vendôme, en étant souverain de son État de Navarre, Henri devient alors ce que les historiens anglais appellent un « sujet superpuissant » (overmighty subject). Le risque était grand pour le roi de France de voir se constituer un pouvoir concurrent. L’absence d’héritier mâle pour le dernier Valois devait finalement écarter ce danger en offrant le trône au roi de Navarre.