« Soyez enceinte ! » avait enjoint le Grand Duc de Toscane à sa nièce. Marie de Médicis se montre à la hauteur des espoirs qui avaient été fondés sur elle. Le dauphin Louis (futur Louis XIII) vient au monde à Fontainebleau le 27 septembre 1601, entouré des princes du sang comme pour marquer l’importance de l’événement. Par la suite, la reine ne donne pas moins de cinq autres enfants à la France, en neuf ans ! Outre Louis, viennent Élisabeth (22 novembre 1602), Chrétienne (ou Christine, 10 février 1606), Nicolas, duc d’Orléans (16 avril 1607), Gaston-Jean-Baptiste, duc d’Anjou (25 avril 1608) et enfin Henriette (26 novembre 1609), future épouse de Charles Ier Stuart, roi d’Angleterre.
Avec six enfants légitimes de la reine de France, Henri IV avait semble-t-il arrimé solidement la dynastie des Bourbons au trône de France. Ses multiples conquêtes en firent en outre un des monarques les plus prolifiques de l’histoire de France. Jean-Claude Cuignet ne dénombre pas moins de six enfants naturels non légitimés et sept naturels légitimés : César (7 juin 1594), Catherine-Henriette (11 novembre 1596) et Alexandre de Bourbon (15 avril 1598) avec Gabrielle d’Estrées ; Gabrielle-Angélique (21 janvier 1603) et Gaston-Henri de Bourbon (3 novembre 1601) avec Henriette d’Entragues ; Antoine de Bourbon (9 mai 1607) avec Jacqueline de Bueil et Jeanne-Baptiste de Bourbon (22 février 1608) avec Charlotte des Essarts.
Un bref coup d’œil à la chronologie montre qu’Henri honorait souvent femme et maîtresses en même temps, l’exemple le plus frappant étant sa relation avec Henriette d’Entragues, alors qu’il vient d’épouser Marie de Médicis. Les deux femmes accouchent d’ailleurs presque simultanément de deux de leurs enfants (Louis et Gaston-Henri de Verneuil, respectivement les 27 septembre et 27 octobre 1601 ; la princesse Élisabeth et Gabrielle-Angélique, respectivement les 22 novembre 1602 et 21 janvier 1603), ce qui n’allait pas sans scènes de ménage vaudevillesques entre Marie et Henri, l’épouse trompée ne supportant pas cette « double-vie ».
Henri s’en accommode car il est comblé, en tant qu’homme, époux, roi et père. Il insiste d’ailleurs pour que toute sa progéniture soit élevée ensemble, légitimes et bâtards côte à côte, au grand désespoir de son épouse. Le château de Saint-Germain-en-Laye se transforme ainsi en véritable nursery du roi, sous la férule de la gouvernante Madame de Montglat. Il vient souvent rendre des visites surprises à ses enfants, surtout au dauphin, avec qui il joue et se baigne dans la Seine. Il sait se faire sévère aussi, lorsque par exemple il recommande à Madame de Montglat en 1607 « de fouetter [le dauphin] toute les fois qu’il fera l’opiniâtre ou quelque chose de mal sachant bien par moi-même qu’il n’y a rien au monde qui lui fasse plus de profit que cela […] ». La postérité a plutôt conservé l’image de scènes où le roi vieillissant joue avec tous ses enfants.