Lorsqu’ Henri IV déclare la guerre à l’Espagne le 17 janvier 1595, son royaume est exsangue et épuisé par d’interminables guerres civiles. Le pari est risqué mais il révèle à la fois son extraordinaire habileté politique et son audace. Audace parce que les fameuses formations d’infanterie espagnoles, les tercios, ont depuis longtemps fait preuve de leur efficacité sur les champs de batailles européens et constituent un danger réel pour les troupes du roi. Habileté politique ensuite car en déclarant la guerre à l’Espagne Henri IV fait d’une pierre deux coups : il réunit des Français déchirés dans un combat contre un ennemi commun et fait passer les ligueurs non ralliés pour des traîtres.
Le début des opérations militaires est plutôt heureux pour les Français qui battent les Espagnols à Fontaine-Française (5 juin 1595). Malgré l’infériorité de ses troupes, Henri fait preuve d’une grande témérité en se portant aux avant-postes pour fondre sur l’avant-garde espagnole renforcée par les troupes ligueuses. Cette victoire, peu coûteuse en vies humaines, connaît un retentissement très grand. Henri IV sait l’exploiter en soulignant dans plusieurs lettres combien il est certain de bénéficier de la protection divine. Une première missive envoyée à sa sœur Catherine de Bourbon fait état de « la grâce que Dieu [lui] fit au combat ». La seconde, adressée au parlement de Paris, explique sa victoire en termes analogues, puisqu’il « en fallait donner la gloire à Dieu, de la main duquel ce grand bien était parti ». La prise de Ham par les troupes d’Henri de Turenne, maréchal de France, vient compléter cette première victoire et permet à Henri de faire une entrée triomphale dans Lyon, en septembre 1595.
La suite des opérations est moins favorable et très vite le conflit s’enlise. Sous la conduite de comte de Fuentes, nouveau gouverneur des Pays-Bas, les Espagnols vont de victoire en victoire. Entre 1595 et 1596, ils battent par deux fois les Français à Doullens (24 et 31 juillet 1595), prennent Cambrai (octobre 1595) et Calais (avril 1596). Malgré la prise de La Fère consécutive à un siège fort coûteux (novembre 1595 – mai 1596) en dépit de l’alliance conclue avec Elisabeth d’Angleterre (Greenwich, mai 1596) et les Provinces-Unies, la situation reste délicate pour Henri.
Les choses s’aggravent encore le 11 mars 1597 lorsque les Espagnols, déguisés en marchands de noix, s’emparent d’Amiens à la surprise générale. Le coup est rude, car la cité picarde est une place stratégique pour la sécurité de Paris. Henri IV, bouleversé, s’écrie alors : « C’est assez de faire le roi de France ; il est temps de faire le roi de Navarre ! », manifestant ici sa volonté de reprendre la ville coûte que coûte. Dès le 12 mars, alors qu’il est à Paris, Henri IV part pour mettre le siège devant Amiens. En coulisses, Maximilien de Béthune, futur Sully, veille à se procurer le nerf de la guerre et organise l’intendance. Le siège dure cinq mois à l’issue desquels Amiens capitule. Dès lors, la guerre avec l’Espagne est pratiquement gagnée.
Acculé par de nombreuses difficultés tant intérieures (difficultés financières, économiques et sociales), qu’extérieures (indépendance de fait de la république calviniste des Pays-Bas ; flotte incendiée dans le port de Cadix ; chute d’Amiens), le roi d’Espagne Philippe II est contraint à la paix.
Les négociations se déroulent à Vervins-en-Vermandois, sous l’égide d’Alexandre de Médicis, cardinal de Florence et légat du pape Clément VIII. La paix, signée le 2 mai 1598, voit l’Espagne céder toutes ses conquêtes récentes, sauf Cambrai. Il s’agit en réalité d’un retour à la situation qui prévalait au moment de la paix du Cateau-Cambrésis, en 1559.
La paix de Vervins vint opportunément compléter l’œuvre pacificatrice d’Henri IV, offrant à la France un beau « printemps de la paix » (Janine Garrisson). Après avoir éteint les guerres civiles, Henri IV mettait fin à quarante années d’affrontements plus ou moins directs avec l’Espagne. D’une certaine façon, on pourrait même dire qu’il a mis un terme aux guerres civiles par la guerre avec l’étranger, le symbole étant la prise d’Amiens par Mayenne, le ligueur « pardonné ». Cette paix fut donc perçue comme un véritable triomphe et célébrée dans tout le royaume par des feux de joie, des processions et des Te Deum.