La France de la fin du XVIe siècle est avant tout une grande puissance agricole. Elle le restera encore longtemps tant son retard industriel est conséquent par rapport à ses voisins. Plus préoccupant, elle doit faire venir de l’étranger nombre de productions, en particulier pour l’industrie textile. Soucieux d’éviter la « fuite des capitaux » dans un contexte de rééquilibrage du budget, Henri IV entend développer l’industrie française. Son mot d’ordre est simple : produire français.
Si son intérêt est grand dans tous les domaines, celui du textile retient plus particulièrement son attention. Il sait que la soie a remplacé depuis longtemps la laine pour habiller les plus fortunés. Il sait aussi que, chaque année, ce sont près de six millions d’écus qui sont dépensés pour l’achat de soieries étrangères (essentiellement italiennes). L’idée est donc de faire fabriquer en France ce qui était autrefois acheté hors des frontières. Pour cela, Henri IV trouve en la personne de Barthélemy de Laffemas (1545-v.1612) un homme compétent qui partage ses vues. En quelques années, ce huguenot devient tailleur et premier valet de chambre du roi. En 1596, il remet à Henri IV un mémoire intitulé Règlement général pour dresser les manufactures en ce royaume dans lequel il conseille de réduire les importations par le développement de manufactures royales soutenues par l’État.
Dans un premier temps, les soieries manufacturées sont interdites à l’importation. Par contre on autorise temporairement l’achat de soie brute à l’étranger, afin de faire travailler les tisserands de Lyon ou de Tours, en attendant que la France soit capable de fournir à elle seule la matière première. Pour cela, le roi encourage la culture du mûrier et l’implantation de magnaneries dans tout le royaume. Olivier de Serres est à nouveau sollicité pour rédiger un opuscule expliquant la cueillette de la soie. Henri IV montre lui-même l’exemple en plantant des mûriers aux Tuileries et à Fontainebleau.
Nommé contrôleur général du commerce en 1602, Laffemas s’attache en outre à la création de manufactures à Paris. Ainsi, dès 1601, Henri IV avait fait venir à Paris deux cents lissiers originaires des Flandres. D’abord installés aux Tournelles, ils se retrouvent vite sur les bords de la Bièvre, chez les Gobelins. C’est l’origine de la célèbre manufacture de tapisserie.