L’intérêt porté par Henri IV aux questions d’urbanisme est à mettre en relation avec sa volonté de réorganiser le royaume une fois la paix acquise. Parallèlement à l’effort consenti en matière agricole, le roi entend revivifier les villes en lançant de grands projets de politique urbaine. Ainsi, il encourage les embellissements par la construction de monuments publics.
Bien que gascon d’origine, son intérêt se porte plus particulièrement sur Paris. Dès 1590, il n’hésite pas à dire : « J’aime ma ville de Paris comme ma fille aînée ». En 1601, il annonce une sorte de programme pour sa capitale dans laquelle il veut « passer les années […] et y demeurer […] » et, en outre, « rendre cette ville belle et pleine de toutes les commodités et ornements qu’il sera possible […] ». Henri veut moderniser la ville et la débarrasser de sa gangue médiévale en traçant des perspectives et en construisant des quartiers neufs. Il faut dire que ses prédécesseurs Valois ont ouvert la voie, même si les circonstances ont fait que nombre de chantiers sont restés inachevés.
C’est le cas notamment du Pont-Neuf, dont la première pierre a été posée sous
Henri III en 1578 et qui a vu ses travaux s’arrêter en 1588.
Henri IV, par lettres patentes du 2 mars 1598, décide du « parachèvement du Pont-Neuf ». En 1603,
les travaux ont bien avancés et Henri IV peut traverser le pont à pied. Il faudra attendre encore trois
ans pour que le Pont-Neuf soit définitivement achevé (8 juillet 1606).
Les dernières années du règne sont marquées par une foule de projets qui ne relèvent pourtant pas
d’un plan d’ensemble.
Au cours de l’hiver 1604-1605, Henri IV conçoit son premier projet d’envergure. Il entend créer une place sur l’emplacement laissé libre par le parc de l’ancien hôtel royal des Tournelles. L’acte de naissance de cette place Royale, future place des Vosges, est marqué par les lettres patentes de juillet 1605. Celles-ci prévoient la construction d’une vaste place carrée (135 sur 140 mètres) quasi fermée et bordée de hauts pavillons uniformes.
L’achèvement du Pont-Neuf offre la possibilité d’une nouvelle opération d’urbanisme. Reposant sur la pointe de l’île de la Cité, il s’agit désormais de relier la nouvelle structure au maillage des rues de la rive droite et de la rive gauche. Le projet prévoit de tracer deux rues – deux quais en réalité – qui surplomberont la rivière au Nord et au Sud et se rejoindront à la pointe, au niveau du pont. L’espace triangulaire dégagé pourra servir à la réalisation d’une nouvelle place où seront également construites des maisons de briques et de pierres, mais d’une architecture plus simple et d’une hauteur plus modeste que celles de la place Royale. Les travaux de cette place Dauphine – nommée ainsi en l’honneur du dauphin Louis né en 1601 – débutent en 1607. Malgré les difficultés liées aux importantes opérations de terrassement nécessaires, la place est achevée en quatre ans seulement (1611). Comme pour la place Royale, Henri IV est mort avant d’avoir eu le loisir de l’admirer.
Bien relié à la rive droite, le Pont-Neuf aboutit rive gauche dans les jardins potagers du couvent des Grands Augustins. Parallèlement au chantier de la place Dauphine, Henri IV décide donc de faire percer une rue monumentale capable de prolonger la magnificence du Pont-Neuf. Cette rue Dauphine, large de dix mètres, pénètre rive gauche vers la porte qui mènera au faubourg Saint-Germain. L’opération immobilière qui accompagne les travaux est une telle réussite qu’Henri IV est totalement pris de vitesse. Tous les lots sont vendus et bâtis avant que le roi n’ait pu imposer une quelconque unité architecturale. Le regret affleure quelque peu dans cette réflexion de mai 1607, lorsqu’il dira qu’il aurait été « d’un bel ornement de voir au bout dudit pont cette rue tout d’une même façade »…
L’idée n’est pourtant pas abandonnée et est reprise pour ce qui peut-être considéré comme son dernier projet. Lancée en 1608, elle est plus ambitieuse. Il s’agit cette fois de créer un quartier neuf dans l’actuel marais, qui n’est à l’époque que terrains agricoles situés dans l’enceinte de Charles V. Décidément épris de places comme de géométrie, Henri IV abandonne cette fois le carré (place Royale) et le triangle (place Dauphine) pour choisir le demi-cercle. Orné de pavillons uniformes, cette place en hémicycle devait être tracée à l’angle des actuelles rues Vieille-du-Temple et de Turenne, adossée au rempart de la ville. Pour symboliser la réunion récente des sujets sous l’égide du roi pacificateur, toutes les rues tracées à partir de la nouvelle place, selon un plan radioconcentrique, devaient porter le nom des provinces du royaume. Cette place de France ne vit jamais le jour car le projet ne survécut pas à la mort de son concepteur. Seules les actuelles rues de Normandie, de Bretagne, de Saintonge, de Beauce, de Picardie et l’étrange circuit en arc de cercle de la rue Debelleyme rappellent le souvenir du dernier rêve urbanistique d’Henri IV.