L’Europe et la France connaissent, en cette fin du XVIe et début du XVIIe siècle, ce que Janine Garrisson a appelé une « mode » du régicide et plus généralement de l’assassinat politique. Après tout, Ravaillac n’était que le dernier maillon d’une longue chaîne de tueurs. En 1563 déjà, le huguenot Poltrot de Méré avait assassiné François de Guise, chef militaire des catholiques au cours de la 1ère guerre de religion. En 1584, Guillaume le taciturne, stathouder de Hollande à l’origine de l’indépendance des Provinces-Unies, avait été tué. En décembre 1588, Henri III, prédécesseur du béarnais, ordonnait l’assassinat des frères Guise pour se libérer de leur emprise. Comme un écho à cet acte, il périssait à son tour en août 1589, par la lame du moine Jacques Clément. Enfin, il ne faut pas oublier le « complot des poudres », finalement déjoué en 1605, organisé par le catholique Guy Fawkes pour tuer Jacques Ier d’Angleterre et détruire son parlement.
Une fois monté sur le trône, Henri IV eut lui-même à subir de multiples tentatives au cours de sa vie. Selon J.C. Cuignet, ce ne sont pas moins de 25 attentats plus ou moins bien préparés qu’Henri eut à déjouer ! Henri semble d’ailleurs s’être fait une raison très tôt. Bien avant son accession au trône, alors qu’il est prisonnier de la cour à la suite de la Saint-Barthélemy, il écrit une lettre à Jean de Miossens, son gouverneur en Béarn, dans laquelle il ne cache pas ses craintes : « La cour est la plus étrange que vous ayez jamais vue. Nous sommes presque toujours prêts à nous couper la gorge les uns aux autres […]. Je n’attends que l’heure de donner une petite bataille, car ils disent qu’ils me tueront, et je veux gagner les devants […] » (lettre du 2 janvier 1576). Plus tard, à Nérac en mars 1588, il découvre que l’on cherche à le tuer et écrit à Corisande : « J’ai découvert un tueur pour moi ».
Mais les choses s’accélèrent une fois monté sur le trône. Sur ses vingt et un ans de règne, il n’est guère que sept années pour lesquelles les chroniqueurs ne relèvent aucune attaque. Pour le reste, la vie d’Henri IV est scandée par la découverte de complots pour mettre fin à ses jours. Certains frisent le farfelu, comme celui imaginé par un bigourdan nommé Piedefort, qui avait fabriqué une arbalète et un garrot miniatures pour tuer le roi. D’autres sont plus sérieux et manquent de réussir. Avant Ravaillac, un homme s’est approché suffisamment près du roi pour l’occire.
C’est le fils d’un riche marchand drapier parisien, élève des jésuites, nommé Jean Châtel. En décembre 1594, le jeune homme âgé de dix-neuf ans réussit à se glisser dans la suite du roi alors que ce dernier, de retour de campagne en Picardie, vient saluer sa maîtresse Gabrielle d’Estrées. Alors qu’Henri se penche pour saluer un courtisan, Châtel frappe au cou. La lame, qui devait s’enfoncer dans la gorge, est déviée par le buffle d’hiver du roi. Celui-ci s’en tire avec une entaille à la lèvre et une dent cassée. Mais le coup est passé très prêt et le sang a coulé. Henri fait immédiatement imprimer une circulaire dans laquelle il rassure le peuple sur ce « malheureux accident » et lui demande de rendre grâce à Dieu pour « qu’Il lui plaise de [le] conserver toujours en sa sainte protection contre tels assassinats, auxquels [ses] ennemis ont recours si souvent […] ». Triste aveu de vulnérabilité, même si Châtel, pris sur le fait, connaît le châtiment des régicides en place de Grève le 29 décembre 1594.