C’est aussi au cours du XVIIIe siècle que le mythe du bon roi, père du peuple, se fixe définitivement. Des anecdotes, pour la plupart fabriquées de toutes pièces, cherchent à populariser l’image d’un souverain clément et généreux. Ainsi, l’épisode fameux du siège de Paris, réutilisé indéfiniment, par les auteurs et les artistes. Touché par la souffrance du peuple de Paris encerclé, Henri IV aurait laissé entrer des vivres dans la ville afin de sauver les habitants de la famine. Cela donne chez Voltaire : « Lorsqu’en un siège horrible et célèbre à jamais / Tout un peuple étonné vivra de vos bienfaits / […] Henri de ses sujets ennemis généreux / Aima mieux les sauver que de régner sur eux ». Et tant pis si, comme l’auteur l’avoue lui-même, la réalité des faits n’est pas avérée…
À partir de 1750, le mythe submerge la société et devient même une « espèce de culte et de religion » si l’on en croit Melchior Grimm (Correspondance littéraire, 1773). La musique, les chants et le théâtre s’emparent d’Henri IV pour rendre sa légende plus vivante encore. En 1756, Sedaine avait déjà évoqué la figure d’Henri IV dans son opéra comique en trois actes, Le Diable à quatre. On y voyait le roi – aisément identifiable même si l’auteur ne citait pas son nom – dans l’anecdote bien connue où Henri, perdu lors d’une partie de chasse, trouvait refuge et hospitalité chez un meunier sans être démasqué. Après avoir partagé la table du meunier et la couche de sa femme, Henri se faisait reconnaître le lendemain avant de récompenser ses hôtes. Henri revêt ainsi la figure du roi populaire, partageant les mêmes codes et la vie simple de ses sujets, libertin au grand cœur.
En 1774, La Partie de chasse de Henri IV de Charles Collé exploite le filon Henri. Chansonnier et auteur populaire à succès, Collé écrit une comédie en trois actes et en prose dans laquelle Henri apparaît une nouvelle fois sous ses plus beaux atours : roi bonhomme, philanthrope, proche du peuple et magnanime. L’œuvre, parsemée ça et là de chansons reprises en chœur par le public – dont le fameux « Vive Henri IV », qui devint sous la restauration l’hymne officieux de la monarchie – connaît un succès foudroyant au début du règne de Louis XVI, puis tout au long du XIXe siècle.