La relation de Napoléon à Henri IV est marquée du sceau de l’ambiguïté. Tout se passe comme si le Corse entendait reconnaître le Béarnais pour ce qu’il représentait dans l’Histoire de France, tout en cherchant à le dépasser en gloire et en modernité.
Ainsi ses actions et ses jugements sont paradoxaux. En 1809, il fait reconstruire la pyramide commémorant la bataille d’Ivry qui avait été abattue au moment de la Révolution. Napoléon fait cependant graver à sa base la formule suivante : « Les grands hommes aiment la gloire de ceux qui leur ressemblent ». Façon habile de rendre hommage tout en se hissant au même niveau que la légende… Napoléon cherche donc, comme les rois ses prédécesseurs, à récupérer le mythe henricien à son profit. En 1808, il fait transformer l’ancien collège jésuite de La Flèche en prytanée militaire mais place son propre buste à l’endroit même où reposait jusqu’à la révolution le cœur du roi.
Si Napoléon permet dans un premier temps la publication de quelques ouvrages à la gloire du Béarnais, dont les Henriana – fameux recueil de mots et d’anecdotes – il considère vite qu’Henri IV pourrait faire de l’ombre à son propre mythe. Ainsi, plusieurs pièces de théâtre représentant Henri, dont celle de Collé, sont interdites. Son jugement se fait même agressif lorsque, au crépuscule de sa vie, le vieil Empereur traite Henri de « brave capitaine de cavalerie » ou lorsqu’il écrit en 1816 : « C’était un bon homme, mais il n’a rien fait d’extraordinaire […]. Je suis sûr que, de son temps, il n’avait pas la réputation qu’on lui donne maintenant ». Les propos sont aigres. Il faut dire qu’au moment où Napoléon écrit ses lignes, sa légende n’est pas encore écrite alors que la France s’apprête à connaître une nouvelle déferlante henricienne.