Le travail de deux historiens dans la première moitié du siècle vient revitaliser et prolonger le filon du bon roi populaire. Pierre de Vaissière en 1928 puis Raymond Ritter en 1944 parcourent le sud-ouest à la recherche des anecdotes et des légendes attachées au passage du Béarnais dans ces contrées jusqu’à la fin des années 1580. Dans ces historiettes de chasse, ces fables paysannes et amoureuses, l’Histoire et la légende s’entremêlent pour fixer dans la géographie de la région les éléments de la saga henricienne.
Certaines de ces histoires, bien connues depuis le XVIIe siècle, sont réutilisées. D’autres se greffent sur des anecdotes existantes pour en donner une version différente. C’est le cas du charbonnier de Capchicot. Une fois encore, Henri s’est perdu lors d’une partie de chasse et trouve refuge incognito chez un manant. Ce dernier lui sert du sanglier qu’il a braconné et lui fait promettre de ne rien dire au « grand naz » (le grand nez, c’est-à-dire Henri !). Après s’être sustenté, Henri profite de l’hospitalité du charbonnier… et de la charbonnière, il a une réputation à tenir ! Le lendemain, il propose à son hôte de lui présenter le roi de Navarre qui, lui dit-il, loge au château voisin de Durance. Au charbonnier monté en croupe qui lui demande comment il reconnaîtra le roi, Henri lui dit que ce sera le seul qui conservera son chapeau sur la tête quand tout le monde se découvrira. Comprenant vite sa méprise une fois arrivé à Durance, le charbonnier demande à Henri de l’exempter de l’impôt sur le charbon de brande. Henri va plus loin et remplace la modeste demeure par un manoir (qui existe toujours) et fait anoblir le charbonnier !
Peu importe l’invraisemblance de l’anecdote. Henri apparaît toujours au XXe siècle comme le bon roi, farceur et bonhomme, complice de son peuple.