La personnalité d’Henri IV, sa popularité par delà les siècles, son œuvre de rassemblement, de pacification et de reconstruction, lui valent d’être utilisé à des moments très différents du XXe siècle. Les périodes de crise semblent plus propices encore à la récupération, comme le montrent la Première et la Seconde Guerre mondiale. Il faut dire que le visage d’Henri IV se prête aisément à l’exercice, puisqu’il a lui-même eu à mettre fin à un conflit, chasser un ennemi au-delà des frontières, à réconcilier les Français et à redresser la France.
L’analogie avec Charles de Gaulle a déjà été soulignée par certains historiens comme Bernard Cottret. Leur destinée, le fait qu’ils aient été portés au pouvoir par des circonstances exceptionnelles, leur ténacité et leur énergie, leur amour de la grandeur de la France et même leurs talents littéraires respectifs concourent à rapprocher les deux hommes.
La récupération de l’aura henricienne par le régime de Vichy est plus surprenante mais s’explique par la glorification du retour à la terre et la propagande célébrant la figure du père de la nation (avec Philippe Pétain), la famille et la patrie catholique. Le premier aspect fait que Sully est lui aussi convoqué par le régime. L’apôtre du renouveau agricole, du labourage et du pâturage, apparaît ainsi en 1941 sur les billets de 100 francs et sur des affiches de propagande aux côtés du maréchal.
Quant à l’association d’Henri IV à la figure du Christ qui a pu fleurir ça et là, elle suggère l’idée que par son sacrifice (assassinat/martyre), Henri IV a lavé la France de ses péchés, tout en préparant des temps nouveaux.